dimanche 7 octobre 2018

MISERY - Théâtre Hébertot

MÊME PAS PEUR !
***


LE MAÎTRE DE L'ANGOISSE

Stephen King est le maître de l'angoisse et du suspens depuis le milieu des années 1970. De "Carrie" à "La ligne verte" en passant par "Christine" et "Shinning" ses livres ou leur adaptation au cinéma ont alimenté mes cauchemars d'adolescente. Alors voir l'adaptation au théâtre de "Misery" (que je n'ai ni lu ni vu) avec Myriam Boyer et Francis Lombrail ça avait tout de tentant. Un duo de comédiens qui a la carrure pour ces rôles puissants. Hélas, le résultat, bien qu'honorable, n'est pas à la hauteur de mes attentes.

Rappelons l'histoire : Paul Sheldon, auteur à succès, vient de finir son nouveau livre qui sera en rupture totale avec la série qui l'a rendu célèbre. Dans l'ultime épisode de Misery, qui est sur le point de paraître, il fait mourir son héroïne. Mais un accident de la route place sur son chemin Annie Wilkes, infirmière. Alors que la tempête de neige les isole dans la maison d'Annie cette dernière va prendre soin de son auteur préféré. Mais après les soins attentifs Annie commence à montrer un visage inquiétant. N'acceptant pas la mort de Misery elle va séquestrer Paul et l'obliger à écrire un nouveau chapitre de la série.

MANQUE DE RYTHME

Passons sur le fait que Paul Sheldon est un double de Stephen King et allons droit au but. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce spectacle une réussite. Le décor place le huis clos dans une grande chambre lumineuse grâce à une grande verrière derrière laquelle tombe la neige. On imagine l'isolement de cette demeure. Annie / Myriam Boyer est une infirmière prévenante mais un brin inquiétante. Paul / Francis Lombrail passe ses premiers jours dans les affres de la douleur de ses jambes blessées, ses nuits parsemées de cauchemars. Le temps passe. Annie découvre le dernier manuscrit de Paul et rejette violemment le tournant que veut prendre l'auteur. Puis elle découvre qu'il a tué son héroïne. Inacceptable. La fan cède la place à la psychopathe. Comment Paul Sheldon pourra-t-il échapper à cette folle ?

Et pourtant il manque un petit quelque chose qui fait que le potentiel ne se transforme pas en réussite incontestable. Si le duo de comédiens interprète honorablement leurs rôles respectifs on sent qu'ils en ont encore sous la pédale. La Annie Wilkes de Myriam Boyer manque de puissance. Le Paul Sheldon de Francis Lombrail manque de clairvoyance. Et la mise en scène manque de rythme. Dans la première partie les jours et nuits sont marqués par des noirs. Il existe d'autres façons au théâtre de montrer le temps qui passe. Certes les nuits de souffrance et de cauchemar de Paul sont illustrées par des projections parfois réussies, parfois surprenantes, mais le visage grimaçant et déformé d'Annie apparaît bien trop tôt, tuant tout le suspens de la psychologie du personnage. Par la suite ce sont de longs noirs pendant lesquels s'effectuent des petits changements de décor. De fait on a du mal à rentrer dans l'angoisse qui peine à s'installer tant la progression dramatique est constamment interrompue. A cela s'ajoutent quelques raccourcis dans la narration qui posent des petits soucis de cohérence (mais peut-être que là je chipote).

En bref : Malgré le talent de Myriam Boyer et de Francis Lombrail le potentiel de cette adaptation ne s'épanouit pas. Si on passe une agréable soirée il manque l'intensité et la puissance des atmosphères angoissantes que Stephen King sait si bien instiller. 

Misery, d'après la nouvelle de Stephen King, adaptation française Viktor Lazlo, mise en scène Daniel Benoin, avec Myriam Boyer et Francis Lombrail

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Héberto
78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris
A partir du 19 septembre 2018
Du mardi au vendredi 21h - Samedi 16h30 - 21h - Dimanche 15h



Crédit photo @Nathalie Sternalsky
Vu septembre 2018 - Théâtre Hébertot

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire