lundi 13 août 2018

LES CRAPAUDS FOUS

UNE BELLE LEÇON D’HUMANITÉ
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La grande histoire qui parfois fait perdre la foi en l'humanité fourmille de petites histoires qui font renaître l'espoir. La Seconde Guerre mondiale n'en est pas avare. Si un grand nombre de Justes est reconnu et honoré je suis persuadée qu'il en est un nombre encore plus grand qui restera peut-être à jamais tu. Sauf lorsqu'un livre, un film, un spectacle fait revivre leur mémoire et ranime la flamme de l'humanité et de la fraternité.

A LA CROISÉE DU TEMPS

C'est ce que fait "Les crapauds fous". En 1940 dans le village polonais de Rozwadow Eugène Lazowski est entré en résistance. Médecin il soigne la nuit les Juifs malades, provocant l'inquiétude de sa femme Hannah mais aussi de son meilleur ami, Stanislaw Matulewicz, lui aussi médecin. Un jour, pour sauver du camp de travail un de leurs amis Stanislaw a une idée de génie. Celle-ci germant dans l'esprit d'Eugène devient une supercherie qui permettra de sauver 6.000 Juifs des camps de la mort. Et c'est parce qu'un soir il a soigné un officier allemand qu'il échappera lui-même à la mort.

L'histoire est racontée par Stanislaw, médecin fraîchement retraité. Il s'apprête à fermer son cabinet à New York lorsque débarque la petite fille d'Eugène. Psychologue elle l'interroge dans le cadre d'une recherche. Avec elle nous découvrons comment ses deux fous ont l'idée d'inoculer le vaccin du typhus aux Juifs du village pour les protéger des nazis. Car par peur de la contagion ces derniers placent le village en quarantaine. On voyage entre les 1940 et 1990, les personnages se croisant ou s'apostrophant sur scène et au travers des décennies. Eugène Lazowski sera surnommé le Schindler polonais.

La scénographie d'Hélie Chomiac est simple : deux éléments de décor mobiles sont mus avec légèreté et fluidité permettant de passer presque sans s'en rendre compte d'une époque à l'autre. La musique de Simon Meuret se fait discrète et accompagne avec finesse le récit. La mise en scène de Mélody Mourey est fluide, énergique, dynamique, comme son texte. Il y a un dosage équilibré d'humour et d'émotion.

Les neuf comédiens et comédiennes interprètent une quarantaine de personnages. Charlie Fargialla et Gaël Cottat sont justes et formidables dans les rôles de ces deux jeunes médecins fous qui n'écoutent que leur cœur et leur humanité dans un monde qui en semble dépourvu. A noter aussi la prestation de Damien Jouillerot qui cumule les personnages dont une parodie d'Hitler savoureuse.

Et pour savoir pourquoi "les crapauds fous" il ne vous reste qu'à vous rendre au théâtre des Béliers Parisiens pour le découvrir.

En bref : Mélody Mourey retrace avec émotion et humour le parcours de deux Justes, avec 9 comédiens au jeu juste et émouvant. Un beau moment de théâtre et d'histoire, et un belle leçon d'humilité et de générosité.

Les crapauds fous, de Mélody Mourey, mise en scène de l'auteur, avec (en alternance) BenjaminArba, Merryl Beaudonnet, Constance Carrelet,  Hélie Chomiac, Gaël Cottat, Rémi Couturier, Charlie Fargialla, Tadrina Hocking, Frédéric Imberty, Damien Jouillerot, Blaise Le Boulanger, Claire-Lise Lecerf, Christian Pelissier.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Renaissance
20 Boulevard Saint Martin 75010 Paris
du mardi au samedi 19h en octobre puis les vendredi samedi et dimanche 
Du 19 octobre 2019 au 11 janvier 2020


Vu août 2018 - Les Béliers Parisiens
Crédit photo @Dona Moth
Mise à jour du 12/10/2019

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