samedi 7 janvier 2017

ORCHESTRE TITANIC

BECKETT CHEZ LES MIGRANTS
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Avec ORCHESTRE TITANIC le bulgare Hristo BOYTCHEV emprunte à l'univers de Becket pour illustrer les aspirations et déconvenues de quatre paumés en lisière du monde, entre passé et futur, entre rêve et réalité, entre est et ouest. Un ton décalé qui manque un peu de magie.

ERRANCE ET DESERRANCE

Ils sont quatre à se répartir l'espace vide de cette gare abandonnée. Meto (Philippe DORMOY)  était chef d'orchestre. Aujourd'hui il erre dans les souvenirs de ses partitions et tente de guider ce groupe d'hommes et de femmes entre deux mondes. Il y a sa compagne Lubka (Evelyne PELLETIER), Louko (Bernard BLOCH) l'ex-cheminot et enfin Doko (Christian PAGEAULT) qui ne peut faire le deuil de cette ourse morte par amour pour lui. Leur vie ne tourne plus qu'entre la quête d'alcool et l'espoir qu'un train s'arrête enfin. Alors ils ne cessent de répéter le moment où l'occasion de partir, de continuer leur route vers un futur salvateur se présentera.

Et puis un jour le train s'arrête. Un homme en descend. Comme par magie Hari entre dans la vie de ces quatre paumés. Ce Godot que l'on n'attendait pas va-t-il être la concrétisation de l'espoir dont cette petite communauté à besoin pour vivre ?

FABLE ONIRIQUE

Ecrit en 2002 ORCHESTRE TITANIC est le fruit d'une commande à l'auteur lorsque la Bulgarie a fait sa demande pour entrer dans l'Union Européenne. Une fable onirique faite d'une écriture décalée, du même ton absurde que le théâtre de Beckett, qui dresse un constant désenchanté de l'Europe et de ses perspectives. Quel avenir offre-t-elle à ces "Karl-Marx Brothers" qui rêvent d'une vie meilleure et dont le seul mantra est "survivre et foutre le camp" ? Un jour, par surprise, Hari, maître de l'illusion, surgit pour les préparer à cet autre monde.

La compagnie Le Cartel travaille depuis 2009 sur les écritures balkaniques. Dans cette comédie philosophique sombre c'est une parabole des rapports Est/Ouest qui est imaginée sous un angle burlesque. Ces quatre pauvres êtres abandonnés sur le bas-côté nous font penser à ces migrants de 2016 qui voient en l'Europe le moyen d'échapper à la misère. Ces trains qui passent sans s'arrêter seraient le visage de cette Europe des peuples favorisés qui avance insensible à la misère qui l'entoure et à ces êtres pleins d'espoir qu'elle attire. Et tel le Titanic c'est l'image de ce naufrage de l'Europe que veut ici montrer le dramaturge bulgare. Il faut en effet se souvenir que le drame du Titanic permis de revoir toutes les normes de sécurité et procédures d'urgence sur les bateaux tant il mit en évidence les carences et faiblesses de ces orgueilleux insubmersibles.

Dans un décor épuré Philippe LANTON met en scène avec sobriété ces quatre anarchistes asociaux et alcooliques attirés par les mirages que fait miroiter l’illusionniste Hari. Un peu trop de sobriété peut-être. Car malgré la qualité de jeu des 5 comédiens, il manque cette magie et cette illusion qui nous permettrait de basculer totalement dans cette fable. Une mention spéciale à la qualité de la bonne sonore.


En bref : Une fable onirique qui sur un ton décalé interroge le spectateur sur l'Europe, cet Eldorado pour les migrants, et la mondialisation. Sobriété de la mise en scène qui manque un peu de magie et peine à nous embarquer malgré la belle prestation des 5 comédiens.

Louko : 
"Hier il est passé cinq trains dans un sens, qui transportaient du sable, et cinq autres dans le sens inverse qui eux aussi transportaient du sable. Quel est le sens, je demande, de transporter du sable à droite et à gauche ? Si on y réfléchit il n'y a aucun sens, mais  si on n'y réfléchit pas, il y en a peut-être un..."


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Rue du Champs de Manoeuvre 75012 PARIS
Du 10 janvier au 5 février 2017
du mardi au samedi à 20h - dimanche 16h
Durée 1h15

Dates de tournée :
7 janvier 2017 - Théâtre des Deux Rives Charenton le Pont
24 janvier 2017 Ferme le Bel Ebat Théâtre de Guyancourt
14 mars 2017 Théâtre Jean Vilar Suresnes

Crédit photo @DR Orchestre Titanic via blog Mediapart
Vu Janvier 2017 - Théâtre de l'Aquarium

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