jeudi 13 novembre 2014

LA VENUS A LA FOURRURE

TROUBLE JEU

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A LA RECHERCHE DE VANDA

Thomas NOVACHECK, metteur en scène qui court toujours après son premier grand succès, recherche la comédienne qui incarnera Vanda dans sa vision du livre de SACHER -MASOCH, "La Venus à la Fourrure". Alors qu'il s'apprête à quitter le théâtre après une laborieuse et infructueuse session d'audition surgit une dernière comédienne qui ne lui laisse pas la possibilité de ne pas lui laisser sa chance. Commence une séance de lecture qui le mènera sur un chemin qu'il ne soupçonnait pas.

UN RETOUR ÉBLOUISSANT

Anne-Elisabeth BLATEAU adapte pour la scène française la pièce de David IVES qui a été couronnée de 3 Tony Award en 2011 (meilleure pièce, meilleure comédienne et meilleur comédien), laquelle avait été adaptée au cinéma par Roman POLANSKI avec Emmanuelle SEIGNER et Mathieu AMALRIC. Mais passons ce préambule et revenons à cette mise en scène de Jérémie LIPPMANN qui présente au moins autant d'intérêt que ces deux précédentes, sinon plus.


SACHER-MASOCH, vous connaissez ? Réfléchissez bien. MASOCH...... MASOCHISME bien sûr. Dans son livre "La Vénus à la Fourrure", classique de la littérature érotique paru en 1870 l'auteur décrit ses rêves de domination. Dans une société puritaine, où la femme n'existe pas sinon pour servir les hommes, il laisse exprimer son fantasme de servitude : son personnage, Severin, fait le rêve d'une femme déesse qui le soumet à l'épreuve. Rencontrant peu après une jeune veuve, Vanda von DUNAJEV, il est séduit par sa personnalité hors du commun (pour l'époque), et, influencé par le rêve de la Vénus à la fourrure, il s'engage à lui obéir dans tous ses désirs.

Quant à Thomas NOVACECK, le metteur en scène imaginé par David IVES, cela fait des années qu'il veut faire un spectacle à partir du texte de SACHER-MASOCH. Et alors qu'il a enfin la possibilité de le faire il bute sur un obstacle majeur : trouver SA Vanda. 

UN RETOUR ÉBLOUISSANT

Pour incarner cette femme troublante, cette séductrice représentant le fantasme masochiste de l'auteur, il fallait une comédienne qui n'a peur de rien. C'est Marie GILLAIN qui reprend le rôle de la troublante Vanda JORDAN, jeune comédienne qui va prendre NOVACECK à son propre jeu. Et c'est un éblouissant retour à la scène après 12 ans d'absence. Depuis la première il y a surenchère de qualificatif pour qualifier sa prestation. Elle est féline, malicieuse, provocante, vulgaire et sophistiquée, entreprenante et docile, et d'une éblouissante beauté. On est loin de l'image de femme-enfant qui lui colle souvent à la peau.


Parfaitement dirigée Marie GILLAIN se glisse avec une parfaite maîtrise dans la peau de ce personnage complexe qui va prendre dans ses filets le metteur en scène. Elle navigue avec aisance dans les subtilités de son personnage, poupée russe qui livre à chaque fois plus avant un autre aspect de sa personnalité,  passant en un clin d’œil de Vanda JORDAN la comédienne à Vanda von DUNAJEV l'héroine. Les scènes de lecture et celles d'échange entre le metteur en scène et la comédienne s'entremêlent au point qu'il faut parfois quelques secondes pour réaliser dans quel espace se sont placés les deux protagonistes.
La Vénus à la fourrure au Théâtre Tristan Bernard
Le texte file, l'intrigue se dessine progressivement dans tous ses tours et détours et réussi à nous surprendre. Le texte de SACHER-MASOCH n'est ici que prétexte et point de départ pour une réflexion sur les relations entre les individus mais aussi une interrogation sur le désir de création. Nicolas BRIANCON est parfait lui aussi dans son interprétation de cet homme qui imperceptiblement se laisse séduire par cette comédienne qui ne ressemble à aucune autre, et qui s'impose comme l'incarnation de son, pardon du fantasme de SACHER-MASOCH. Le jeu de Vanda le pousse dans ses retranchements et l'interpelle sur les raisons profondes qui l'ont poussé à choisir ce texte, l'amenant à se révéler à lui-même les sources de son désir de création.

Les rôles s'inversent, comme l'a voulu Jérémie LIPPMANN : "dans la vie de tous les jours on est soit dominé, soit dominant, en alternance". Si la réflexion est menée à un rythme soutenu, avec parfois une certaine violence, elle est surtout le théâtre d'un jeu de rôle permanent et jouissif où chacun prend la place de l'autre. Que reste-t-il de la misogynie de Sacher-Masoch ? "J'ai été un âne et j'ai fait de moi l'esclave d'une femme comprends-tu" dit Severin. La morale de la pièce ? : s'il faut en trouver une, le mieux est de se rendre au Théâtre Tristan Bernard pour trouver votre réponse, et souvenez-vous que le masochisme se joue avant tout au niveau de l'intellect


En bref : Un retour sur scène en beauté pour Marie GILLAIN, magnifique et ensorcelante Vanda, accompagnée par un Nicolas BRIANCON d'une très grande classe. Un jeu de chat et de souris qui titille les neurones et charme les spectateurs. A ne manquer sous aucun prétexte. Assurément l'une des grandes réussites de cette première partie de saison.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
64 Rue du Rocher 75009 PARIS
Métro : Saint Lazare / Villiers
Du mardi au samedi - à 19h ou 21h en semaine - 18h ou 21h le samedi





Crédit photo @Fabienne RAPPENEAU

Vu le 1er novembre 2014 - Théâtre Tristan Bernard

CHALLENGE THÉÂTRE 2014 - LECTURE SPECTACLE - LES CARNETS D'EIMELLE

1 commentaire:

  1. "faible" totalement partagé pour Nicolas BRIANCON!
    Bonne journée!

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